Interview

Interview

  •   Interview de Son Excellence le Dr Eli Ben TURA au journal Le PAYS
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    Mercredi  21 février, Son Excellence  Eli Ben-Tura, l’Ambassadeur d’Israël au Sénégal, était dans les locaux de CD-Médias Groupe pour une visite de courtoisie. Après les présentations d’usage, le diplomate s’est prêté aux questions  des journalistes, sans la moindre hésitation. A bâtons rompus, avec la langue de Molière qui ne lui coule pas facilement, il a répondu de  façon concise, parfois sur un ton  ironique à nos questions : le projet agricole en faveur des fermiers sénégalais, la crise malienne, l’immigration, et autre, la question palestinienne, tout a été exploré.
     
    Excellence nous sommes très touchés par votre visite dans nos locaux et vous en remercions. Il y a quelques mois un accord tripartite a été signé entre Israël, l’Italie et le Sénégal en faveur des agriculteurs sénégalais. Où en êtes-vous avec la mise en œuvre du projet ?
     
    C’est un grand plaisir  pour moi également d’avoir l’opportunité de visiter les locaux de votre groupe de presse. Je connais déjà une partie de votre équipe avec qui j’ai entretenu des relations de travail. C’est d’ailleurs ce qui me permet aujourd’hui de vous rendre  visite aujourd’hui. Donc nous avons déjà des liens  dans le cadre de leur recherche d’informations. Parfois il y a des événements importants  que nous organisons qui pourraient vous intéresser. Je voudrais vous  rassurer que nous sommes disponibles en cas de besoin d’informations ou des réactions sur quelques questions. Je suis ravi de cet accueil chaleureux que vous m’avez réservé. Alors pour en venir à votre question, je dois dire que l’expert israélien est arrivé au Sénégal depuis un an. Il va y rester pour une durée de trois années et va rencontrer les Italiens pour planifier tous les travaux pour trois années à l’avance. Nous avons déjà eu des contacts avec le ministre de l’Agriculture du Sénégal que je vais rencontrer la semaine prochaine pour que nous finissions le plan général et commencions le travail sur le terrain. Nous avons une idée formidable qui est de construire un centre de formation à Bambey. Nous allons utiliser le bâtiment. Un bâtiment nous a déjà été offert  mais d’autres bâtiments vont  être réhabilités pour accueillir des fermiers. Ces derniers viendront de diverses régions du Sénégal comme Kaolack, Diourbel, Fatick… Il y aura une centaine de fermiers qui vont être admis dans ce centre  pour s’acquérir une formation. Ensuite, le centre va fournir des équipements  agricoles aux fermiers qui ont bénéficié de cette formation. Puis  nous allons travailler simultanément sur deux plans. Il y aura la formation et la pratique. J’espère qu’au terme de cette formation, les fermiers auront un niveau pour une production plus commerciale avec des revenus assez importants. Nous voulons aussi que ces fermiers puissent gérer leur propre compte après cette formation. Ils doivent être capables de gérer leur propre affaire sans l’aide de personne. Nous ne voulons pas qu’ils reviennent au centre pour demander des matériels et autres. La bourse qu’on leur donne doit être rentable. Au fur et à mesure, ils vont devenir des fermiers plus modernes.
     
    Quelle lecture faites-vous de la reprise diplomatique entre le Sénégal et l’Iran avec qui votre pays a de mauvaises relations ?
     
    Le Sénégal prend ses décisions  en toute indépendance. Je pense que je n’ai rien à dire par rapport à cette décision.
     
    Quelles sont les dernières nouvelles d’Ariel Sharon ?
     
    Sharon est dans un état végétatif. On lui a fait un examen cérébral et l’on dit qu’il a réagi en entendant les voix de ses enfants et des amis, malheureusement il est toujours dans le coma.
     
    Qu’elle est l’état actuel du processus de paix  entre Israël et la Palestine ?
     
    Depuis les pourparlers entre les présidents israélien et palestinien, il n’y a aucun mouvement. J’espère qu’avec la nouvelle coalition que le Premier ministre  israélien Benyamin Netanyahou va mettre en place, permettra de relancer les négociations avec les deux peuples. Parce que le cadre de solution est très clair. Le terroir palestinien va être établi et même les frontières avec les deux pays sont plus ou moins très claires. Il y a deux à trois questions qu’on doit régler. C’est bien sûr la question de Jérusalem d’abord. Comment faire  pour réhabiliter  les réfugiés ? D’autre part, c’est la question de la sécurité. Les services de sécurité  palestiniens et israéliens se rencontrent toujours. Il n’y a toujours pas d’accord de paix, mais il y a des échanges dans ce sens et des contacts entre les deux pays existent et ne sont pas rompus.  
     
    Quelle analyse faites-vous de la crise malienne avec l’envoi de militaire sénégalais ?
     
    La crise malienne n’est pas seulement une menace pour le Sénégal, mais c’est un danger régional et même mondial. Les islamistes utilisent le territoire malien pour promouvoir leur idéologie. Cela constitue une grande menace dans le monde entier. Même avec l’intervention des Français les problèmes demeurent parce que les extrémistes se fondent dans la population. Actuellement, on ne plus distinguer facilement celui qui est islamiste et celui qui ne l’est pas. C’est ça le problème du terrorisme. C’est une situation assez compliquée et nous allons, bien sûr, coopérer avec le Sénégal.
     
    Où en êtes-vous avec la coopération militaire avec le Sénégal ?
     
    Je pense que c’est une question qu’on ne peut pas débattre dans les journaux (rires).
     
    Votre pays est devenu une porte d’entrée des migrants notamment jeunes. Avez-vous une politique d’accueil et d’insertion de ces émigrés ?
     
    L’Israël connaît beaucoup de problèmes à cause de ces immigrants clandestins qui viennent la plupart du Soudan, de l’Erythrée et d’autres pays et qui se présentent comme des réfugiés. Israël fait partie des pays qui ont signé la convention  des Nations Unies relative au statut  des réfugiés parce que nous sommes des juifs. Et nous étions aussi des réfugiés pendant la deuxième guerre mondiale. C’est un dossier très sensible parce que la plupart des immigrés clandestins ne sont pas des réfugiés, parce que ces derniers ont tous les droits qui sont inscrits dans la convention. Nous avons des procédures qui permettent aux étrangers de trouver du travail en Israël par la voie légale. Il y a 200.000 employés dans notre pays qui ont suivi ses procédures légales pour obtenir leur emploi. Ce qui leur donne droit  aux services médicaux et autres privilèges. Il y a des Africains, des ressortissants de l’Europe de l’Est - Pologne, la Moldavie et même des Turcs qui sont très bien dans les travaux de la mosaïque. Mais il y a aussi presque 200 000 autres personnes qui sont entrées de manière illégale  dans le pays et moins de 500 qui ont des statuts de réfugiés et qui bénéficient de tous les droits qui sont inscrits dans la convention. Donc la question des immigrants clandestins pose d’énormes problèmes même au pays d’accueil. Parce que  les migrants ne sont pas protégés par la loi et ils sont souvent exploités parce que c’est souvent des gens qui n’ont pas de qualifications et qui sont prêts à recevoir la moitié du salaire que l’employeur devrait payer à un professionnel. Ce phénomène crée des tensions avec cette couche de la société avec les migrants clandestins, qui n’ont pas de formation professionnelle. Ce sont les mêmes problèmes qui se posent dans les autres pays Européens.
     
    Est-ce que c’est ce phénomène qui est à la base de certains crimes xénophobes, selon vous ?
     
    Je pense que c’est un clash économique pour reprendre Marx.  Certains ont le sentiment que les clandestins ont volé leur boulot.
     
    Vous parlez wolof maintenant ?
     
    (Rires). Non pas encore, sauf bakhena (c’est bon)… (Rires)
     
     
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