La Suisse a tort de légitimer le Hamas

légitimer le Hamas

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    Shalom Cohen est catégorique: la «lune de miel» de la Suisse avec le Hamas est contre-productive. Pour l’ambassadeur d’Israël à Berne, la venue à Genève la semaine passée d’une délégation palestinienne ne fait qu’aggraver la situation. Il critique «amicalement» la politique helvétique de dialogue, même si elle part d’une bonne intention. Entretien.
     
    Pourquoi dénoncez-vous des contacts suisses avec le Hamas qui visent à promouvoir des solutions pacifiques? 
     
    Franchement, analysez ce qui s’est passé la semaine dernière! Alors même qu’une délégation du Hamas était autorisée à venir à Genève et à prendre la parole devant l’Union interparlementaire, dans les médias et lors d’une conférence à l’Université, l’envoyé de la Suisse au Moyen-Orient, Jean-Daniel Ruch, rencontrait au Caire le responsable de l’organisation, Khaled Mechaal. Et cela, juste après que le chef du Hamas dans la bande de Gaza, Ismail Haniyeh, accueilli à Tunis par une foule qui appelait à «Tuer les juifs!» a promis de ne jamais reconnaître Israël et ne jamais lâcher les armes. D’ailleurs, leur charte appelle toujours à détruire Israël et à fonder un Etat palestinien sur ses ruines. Avant d’inviter ces gens, ne pensez-vous pas qu’il faudrait poser des conditions? Sans quoi on ne fait que rendre acceptables les discours haineux! Nous sommes inquiets de voir la Suisse, un pays ami, dialoguer avec l’Iran, le Hamas et le Hezbollah, qui tous disent vouloir la destruction de notre Etat.
     
    Vous ne croyez donc pas qu’il faut encourager ceux au sein du Hamas qui veulent une solution négociée? 
     
    Même ceux qui envisagent un deal sur la base des frontières de 1967 disent que ce ne serait qu’une solution temporaire…
     
    Pourtant, n’est-ce pas justement comme ça qu’on peut faire évoluer l’opinion publique? 
     
    Peut-être. Mais à quoi cela rime-t-il de légitimer par avance une évolution qui n’a pas eu lieu?
     
    Comment alors encourager les modérés? 
     
    En s’affirmant prêt au dialogue dès qu’il y aura eu renoncement à détruire Israël. C’est d’ailleurs comme cela que ça s’est passé avec l’OLP de Yasser Arafat. Il y a d’abord eu des contacts discrets, clandestins, qui ont conduit à un échange de garanties, puis à une reconnaissance mutuelle.
     
    Le Hamas est-il encore une organisation terroriste? A quand date le dernier attentat? 
     
    Cette organisation cherche toujours à terroriser la population israélienne. Elle dit viser la destruction de notre Etat et elle a envoyé sur nos civils 6000 roquettes depuis l’an 2000. En nous retirant unilatéralement de la bande de Gaza (ndlr: en 2005), nous espérions que nous n’aurions plus besoin d’intervenir militairement. Malheureusement il a fallu les bombardements de l’opération «Plomb durci» (ndlr: 2008-2009) pour stopper les tirs d’obus.
     
    En faisant des centaines de morts dans la population palestinienne! Pourquoi avoir pris un tel risque? 
     
    Nous visions les sites de lancement de roquettes, les dépôts d’armes. Bien sûr que les combattants ne portaient pas d’uniforme, mais ils étaient bien là. Malheureusement, il y a eu des erreurs, des fautes de tir et des civils sont morts. Nous l’avons reconnu et nous avons présenté des excuses sincères. Car cela n’a vraiment jamais été notre but. Contrairement aux roquettes du Hamas, qui elles sont destinées à frapper la population. Il est mensonger de dire que nous cherchons à faire souffrir les Palestiniens. Il n’y a pas de blocus sur la bande de Gaza. Des centaines de camions passent tous les jours la frontière israélienne ou égyptienne. Les restaurants fonctionnent, les écoles et les hôpitaux aussi. Les matériaux de construction sont disponibles. Ça, c’est la réalité sur le terrain, même si le Hamas prétend le contraire.
     
    En Cisjordanie, ce n’est pas le Hamas mais le Fatah qui est au pouvoir. Pourquoi décourager les Palestiniens en poursuivant la colonisation des territoires sur lesquels est envisagé leur Etat? 
     
    La Cisjordanie est le berceau du peuple juif. Cependant, le gouvernement israélien accepte le principe qu’un Etat palestinien y soit créé. C’est une évolution majeure de ces dernières années. Nous partons du principe qu’il y aura des échanges de zones de part et d’autre de la ligne de 1967. C’est dans ces zones-là qu’ont lieu la plupart des nouvelles constructions. Quant aux autres, si elles doivent un jour être transférées aux Palestiniens, ce ne sera certainement pas un obstacle à un accord de paix soutenu par l’opinion publique. Ce qu’il faut, c’est accélérer les démarches de dialogue. Mettre des conditions, c’est éloigner la perspective d’un accord.
     
    Que signifie le Printemps arabe pour Israël? 
     
    C’est formidable de voir des dictatures céder le pouvoir à des gouvernements élus. Cette évolution positive, nous espérons qu’elle mènera jusqu’à la vraie démocratie, qui implique le respect des droits de l’homme, la liberté d’expression, la stabilité des institutions, la séparation des pouvoirs et bien sûr la séparation de la religion et de l’Etat. Sinon, ce ne sera qu’une transition d’un despotisme laïc à un autoritarisme religieux. Nous sommes inquiets d’entendre qu’En Egypte certaines voix s’élèvent au sein des Frères musulmans pour remettre en question les accords de paix avec Israël.
     
    Y a-t-il déjà des contacts avec les Frères musulmans? 
     
    Ils ne sont pas encore au pouvoir. Nous avons bien sûr des contacts avec le gouvernement actuel, notamment à travers notre ambassade au Caire.
     
    Vous connaissez bien l’Egypte. Croyez-vous que les Frères musulmans peuvent être de vrais démocrates? 
     
    Nous ne pouvons que l’espérer.
     
    Créé: 23.01.2012 TDG
     
     
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